Cet article a pour but de présenter comment, de l'idée d'origine au montage final, un dessin animé est réalisé. Nous détaillerons essentiellement le mode de production traditionnel. La production informatisée ne sera qu'abordée rapidement en fin de présentation.
La pré-production regroupe les phases de conception et préparation d'un dessin animé. C'est au cours de cette étape, qu'à partir de données écrites, la première esquisse d'animation est réalisée.
A la racine de tout projet, il y a une idée. Sa première formalisation, dans le
processus de production d'un dessin animé, se fait sous la forme d'un synopsis. Le
synopsis est constitué d'une brève description de la nature de l'intrigue, de
l'espace/temps de l'action, des épisodes et des personnages. Un séquencier,
qui présente l'histoire scène par scène, est alors parfois réalisé.
De ces deux éléments naît le scénario. Il comporte des indications très
précises, plan par plan, sur les dialogues, le décor, l'ambiance et l'action.
Il inclut également une description détaillée de l'histoire dans son
ensemble.
Une fois l'histoire parfaitement définie, le travail de création graphique
commence. Il s'agit d'abord d'un travail de recherche de modèles de personnages,
d'accessoires, de costumes, de véhicules : le character/props design. C'est durant
cette phase que les décors des lieux principaux sont imaginés.
L'ensemble de ce travail donne lieu à la création de
model sheets
des personnages. Elles regroupent pour chaque personnage des
illustrations en pied,
vu de face, profil, trois-quarts et dos, des
gros plans de son visage, sa construction géométrique, des comparaisons de tailles
avec les autres protagonistes, ses costumes, ses expressions standards et
six à huit positions de bouches.
Parfois nommé scénarimage, le story-board est la description graphique du script sous forme de vignettes illustrant le déroulement de l'action de chaque plan. Il combine les éléments du scénario et les travaux de design réalisés précédemment. Il regroupe scène par scène les informations concernant le lieu et l'ambiance, les actions, les entrées et sorties de champ, les dialogues et effets sonores, les instructions caméra et cadre, les parties nettes et floues de chaque dessin, les références de modèles et le timing.
Afin de synchroniser au mieux les lèvres des personnages avec les dialogues, certains
studios procèdent à un enregistrement des voix. Celui-ci peut être un simple
enregistrement témoin, mais il est fréquent que ce soit l'enregistrement
définitif. Cette pratique est néanmoins peu courante dans les studios asiatiques, qui
se contentent des dialogues écrits pour déterminer le mouvement des lèvres des
personnages, le doublage étant fait au moment de la post-production.
Une fois l'enregistrement réalisé, le son est reporté sur une bande et est
découpé schématiquement à hauteur de 24 images par seconde (ou 25 en
numérique). Ce procédé permet de donner le timing aux dialogues et de
référencer les positions de bouches nécessaires pour chaque scène.
A cette étape de la production, il est possible d'enregistrer les images du story-board et de les synchroniser avec la bande-dialogue enregistrée. L'animatique est ainsi une maquette visuelle, qui permet de vérifier la correction du minutage et la pertinence des raccords entre chaque scène.
Les feuilles d'exposition constituent l'outil qui détermine le rythme du dessin animé. Elles se présentent sous la forme de tableaux dans lesquels sont reportées les informations du story-board et la synchronisation des lèvres obtenue suite à la détection des voix. Ainsi, dans une colonne se trouvent les données sur les éléments graphiques (cellulos, décors, éléments de décors), les cadrages et mouvements de caméra et les effets spéciaux. Une autre colonne indique les dialogues et une troisième le lip-sync.
Le layout, avec le story-board, constitue la véritable bible du dessin animé
produit. Il a pour objectif de préparer chaque plan dans le bon cadrage et de séparer
les différents niveaux (décors de fond,
overlays
et
underlays). Concrètement,
il s'agit du regroupement des dessins en taille réelle de chaque scène du
story-board en version animée.
Un layout de référence comporte généralement trois parties. Le layout du
décor englobe tous les éléments fixes de la scène. Le layout de cadrage
répertorie le mouvement de la caméra, les dimensions des cadres, et la position des
personnages par rapport aux décors. Le layout de l'animation réunit les dessins
des personnages tels qu'ils apparaissent en début et fin de plan et leurs positions
intermédiaires essentielles lors de mouvements particuliers et/ou complexes.
La production, à proprement parler, débute au moment de la création des
premiers dessins définitifs.
Elle se caractérise principalement par les étapes
d'animation et de prise de vues, qui aboutissent à l'obtention de l'ensemble des
séquences animées du projet.
L'ensemble des éléments graphiques non animés est réalisé à partir du layout du décor et des gammes de couleurs préalablement définies. Les décors sont peints sur papier, support cartonné ou toile, à la gouache ou à la peinture acrylique. Plus rarement, les responsables des décors peuvent employer de la peinture à l'huile voire même des crayons de couleur aquarellables ou non.
C'est cette phase de la production qui est globalement la plus gourmande en personnel. En
accord avec le directeur de l'animation, les animateurs clés croquent les dessins
principaux (dessin de début, deux dessins intermédiaires, dessin de fin) des
séquences dont ils ont la charge. Ce sont des crayonnés réalisés sur
papier. Les assistants animateurs effectuent ensuite les dessins intermédiaires de chaque
scène. A ce stade, les dessins obtenus sont scannés ou photographiés afin de
vérifier le timing et la synchronisation des dialogues : c'est le line-test ou
pencil-test.
Lorsque le line-test est approuvé, les intervallistes exécutent les dessins manquants
entre ceux des animateurs déjà faits. Enfin, les metteurs au net reprennent les
crayonnés des animateurs clés et de leurs assistants et les reproduisent
fidèlement sur de nouvelles feuilles, en ajoutant si besoin les détails figurant sur
les model sheets.
Le traçage a longtemps été effectué manuellement. Un traceur dupliquait, à l'encre, les tracés des dessins d'animation sur des cellulos. L'invention de la xérographie a automatisé ce travail.
Le gouachage est la mise en couleur des cellulos. Il s'effectue au pinceau au dos des cellulos avec un type de gouache très opaque. Les tons utilisés sont ceux répertoriés sur les model sheets. Il existe ainsi plusieurs teintes pour une même couleur, en fonction de l'éclairage et de l'ambiance de la scène.
Avant la prise de vues, la totalité des éléments réalisés durant la phase de production est contrôlée : gouachage, décors, rendu de la superposition des différents niveaux (overlays, cellulos, underlays, décor), taille des cellulos, compatibilité des animations et du décor, nombre total de cellulos, etc. Les feuilles d'exposition sont aussi complétées.
La prise de vues d'un dessin animé réalisé traditionnellement se fait
à l'aide d'un banc-titre. Cet équipement est constitué d'un plan de
travail horizontal déplaçable latéralement et parfois même rotatif,
d'un dispositif d'éclairage et d'une caméra verticale. Plan de travail et
caméra sont tous deux fixés sur une colonne à crémaillère et
peuvent ainsi monter/descendre le long de la colonne. La table est équipée d'une
barre à tenons pour maintenir les cellulos et les aligner correctement.
Le décor puis les différents cellulos sont empilés et maintenus par une plaque
de verre. L'image ainsi composée est photographiée. Les cellulos sont ensuite
enlevés et remplacés par ceux constituant l'image suivante, et ainsi de suite,
jusqu'à ce que l'ensemble des séquences soit photographié.
A ce niveau de la réalisation, la totalité des scènes du dessin animé est animée et filmée. Il ne reste plus alors qu'à greffer le son à ces rushs et à les monter pour obtenir le produit final.
Le mixage est l'avant-dernière étape de la réalisation d'un dessin animé. Il consiste en la combinaison des différentes bandes-sons enregistrées en cours de production ou à l'issue de cette phase. Ces bandes-sons sont les voix (et éventuellement les doublages traduits), les enregistrements musicaux et les bruitages.
Une fois l'ensemble des sons mixés, il ne reste plus qu'à monter toutes les séquences du dessin animé et les sons correspondants ensemble. Le montage d'un dessin animé n'induit pas de choix artistique, puisque tous les raccords ont précédemment été définis dès l'étape du story-board.
Actuellement, la quasi-intégralité des dessins animés
bénéficie des techniques numériques pour leur élaboration. Ainsi, parmi
les séries présentées sur le site, seuls
Saint Seiya (les 114 premiers
épisodes et les quatre premiers films) et le film de
X ont été réalisés avec des
cellulos et non à l'aide de scanning et composing.
L'utilisation de l'outil informatique est de plus en plus répandue et ce, à tous
les stades de la réalisation d'un dessin animé. Seule la première
étape d'écriture échappe encore à l'informatisation, si ce
n'est l'utilisation d'un traitement de texte. Si les character designers aiment encore
à travailler sur papier pour ébaucher leurs premières esquisses de personnages,
ils passent rapidement à l'outil informatique dès que les modèles sont
fixés. L'ensemble des couleurs et des model sheets sont regroupés dans des
documents nommés model packs. Des logiciels spécialisés dans
l'édition de story-board sont disponibles, ils permettent notamment de réaliser
aisément l'animatique suite à un enregistrement numérique des voix.
A partir de là, plusieurs échelles d'informatisation de la production existent. Le
tout numérique utilise les palettes graphiques et les logiciels d'animation de la
création du layout au
composing.
Il n'est néanmoins possible d'intégrer le numérique
qu'à certaines étapes de la production. Les dessins peuvent ainsi être
réalisés sur papier puis mis au propre et coloriés numériquement
après scannage.
L'utilisation des outils informatiques dans la réalisation des dessins animés
permet d'augmenter significativement la vitesse d'exécution (traçage de 200
cellulos physiques par jour contre 500 virtuels), de simplifier les différentes étapes
de vérification et ainsi de diminuer les coûts de production.
Princess Mononoke - The Making Of A Masterpiece © Studio Ghibli - TV Man Union
Techniques numériques et animation
- Commission Supérieure Technique de l'Image et du Son
La production de séries d'animation
- Centre National de la Cinématographie
La chaîne de production d'un dessin animé de série
- Espèce d'aventure Grosbras
Traditional animation
- Art History Club
Article écrit par Hélène, le 19/10/05
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